Isabelle Joschke prête à braver seule les vastes océans : Découvrez son audacieux défi!

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Isabelle Joschke : “Je vais affronter l’océan en solitaire”

Le 8 novembre 2020, Isabelle Joschke, à l’âge de 43 ans, s’est lancée dans le Vendée Globe, une circumnavigation à la voile en solitaire, sans escales ni assistance. Pourtant, cette aventure ne s’improvise pas. Elle s’appuie sur des qualités telles que la sensibilité, la patience et la flexibilité, plutôt que sur la force brute ou la rapidité.

« Dès mon enfance, j’ai été captivée par l’idée de naviguer, bien que je ne sache pas précisément pourquoi. Mon père était ingénieur et ma mère enseignante ; les seules embarcations que je voyais étaient celles naviguant sur le lac près de chez ma grand-mère en Autriche. Je pensais que naviguer était réservé aux riches… Vers 12 ou 13 ans, j’ai récupéré un vieux dériveur et participé à une classe de mer, puis à un camp de vacances. Cela nourrissait mon rêve et ma frustration. Passionnée par la littérature, je me suis plongée dans les livres.

Lorsque j’étais en khâgne, j’ai participé à un stage de voile aux Glénans et ce fut un coup de foudre. Peu après, j’ai trouvé un moyen de convoyer un voilier vers le Brésil avec une excellente skippeuse. J’ai emporté mes livres pour réviser pendant la traversée. Ce fut un des plus beaux moments de ma vie, ma première rencontre avec l’Atlantique. Je suis revenue avec la certitude que ma vie serait sur l’eau, bien que je ne pensais pas à la compétition à ce moment-là. Un ami m’a alors proposé de participer à une mini-transat ‘pour voir’, et j’ai découvert que j’adorais cela. Voici comment je suis devenue navigatrice.

Au fil des régates, j’ai appris à me préparer et à me confronter à cet univers si particulier, en allant au-delà de ma fatigue, jonglant entre hallucinations, euphorie et désespoir, en levant des fonds grâce à mon enthousiasme, en m’engageant totalement dans des aventures incertaines… J’ai réalisé qu’il y avait un problème dans ma façon de fonctionner. Mesurant un mètre soixante et pesant cinquante-trois kilos, je compensais ma différence physique par un entraînement excessif.

Cela m’épuisait et a fini par me briser. En 2013, j’ai perdu presque tout : mon partenaire, mon sponsor, et une grande partie de ma motivation. J’ai dû ralentir et me recentrer sur l’essentiel : mes proches, le silence… J’ai finalement accepté d’appeler à l’aide, pensant que si personne ne répondait, ce ne serait pas grave : je pourrais abandonner ce rêve. Mais l’aide est venue ! Un ami m’a aidée à trouver un financement. J’ai pris un nouveau départ, en faisant tout différemment, et je me suis préparée pour mon premier Vendée Globe.

Pour la plupart des concurrents, le plus important, c’est le bateau. Mais pour mon équipe et moi, c’est l’humain. Notre budget est deux fois moins élevé que certains et notre bateau n’est pas le plus rapide, mais il est fiable, robuste, efficace. Notre audace, c’est de privilégier la durabilité plutôt que la vitesse. Ma préparation personnelle est là où je consacre le plus d’énergie. Mes adversaires sont deux fois plus forts que moi. Comme je suis de petite taille, mes manœuvres sont plus lentes, et face aux problèmes, je ne peux compter sur la force brute. J’ai dû trouver d’autres ressources, là où les autres ne cherchent pas. Des valeurs dites plus ‘féminines’, comme la sensibilité, la patience, l’endurance, la flexibilité, pour exploiter à 100 % le potentiel de mes cinquante-trois kilos. Depuis cinq ans, je pratique la méthode Pilates, une technique qui a allongé mes muscles, m’a appris à mieux les utiliser et aussi à les reposer. Maintenant, je sais engager tout mon corps et aussi le désengager pour récupérer.

Mon autre trésor, tout aussi précieux sur mon bateau que dans ma vie, s’appelle la fasciathérapie, accompagnée de somato-psychopédagogie. Cette technique, également globale, est basée sur des mouvements très subtils et lents, et sur la méditation. Nous travaillons trois points vitaux : ma capacité d’orientation en toutes circonstances, l’alternance entre l’intensité des efforts et la récupération, et enfin, ma connexion intime avec mon environnement. En gagnant en flexibilité et agilité, en préparant la vitesse par la lenteur, en acceptant de lâcher quelque chose pour gagner autre chose, j’ai acquis une connaissance intime de mon corps. Naviguer est pour moi une chorégraphie sensorielle. Éviter une dépression, c’est comme danser avec un être vivant. Cela me place dans un état particulier, à tel point qu’après la course, j’ai du mal à me souvenir intellectuellement des décisions prises.

Peut-être est-ce pour cela que je n’ai pas vraiment peur. Je connais mes limites, je les accepte… Il y a longtemps, lors d’une nuit venteuse, j’ai déchiré ma grand-voile en tentant une manœuvre trop difficile pour moi à ce moment. J’en ai payé le prix. En voulant dépasser mes limites par la force, je les ai augmentées, et la peur ne m’a plus quittée. Maintenant, je sais me respecter.

Comme les autres épreuves rencontrées dans une course et dans la vie, le confinement de ce printemps, quelques semaines avant de partir, aurait pu être un désastre… Mais je l’ai pris comme un cadeau. Cela m’a donné l’occasion de ralentir, de dormir, de méditer, de faire face à l’incertitude et même de l’apprécier. J’ai réalisé que j’écoutais tout d’une oreille ! J’ai donc appris à écouter vraiment, et à méditer lors de ‘voyages immobiles’ d’une grande intensité.

À quelques jours du départ, je suis moins prête que je le souhaitais, mais cela me convient. Je suis prête depuis que j’ai accepté de ne pas l’être. C’est comme un résumé de ces quarante-trois premières années : je n’avais rien prévu de tout cela… Même s’il y a eu des moments très durs, de longues navigations très difficiles, des mâts et des sponsors qui lâchent au plus mauvais moment, tout s’est déroulé comme une évidence. Me préparer pour cette immense course, c’est surtout me préparer pour toute ma vie. Celle d’avant le départ, celle de la traversée, et celle après le retour. Je me sens en accord avec tout ce que je vais vivre, et je suis prête à traverser. En souplesse, comme un roseau. Aujourd’hui, je rêve de ce que j’ai, et cela me convient parfaitement. »

Les coachs d’Isabelle nous détaillent les outils qu’ils utilisent pour sa préparation, utiles aussi sur terre.

Méthode Pilates

Par Christophe Le Ny, coach sportif en préparation physique
Invented a century ago by Joseph Pilates, a German sports trainer. The principle: to stimulate and « recruit » deep muscles to allow a harmonious and global development of the whole body while reducing pressure on the joints. « One of our worst enemies is the loss of energy due to precarious balance. On a constantly moving boat, it’s obvious, but in a more ‘ordinary’ life, it’s less apparent. With Pilates, the spring-loaded machines we use allow everyone, skipper or not, to become aware of this and to find their own balance by developing the ability to use their whole body for a single movement, and not just the mobilized limb. And thus regain motricity, muscle tone, and autonomy. Working deeply, on a movement that encompasses the whole body, also solicits deep muscles, not to bulk them up, but to give them density, flexibility, and therefore power. It’s a method that suits all bodies, as long as it is administered by a serious professional. »

Fasciatherapy and somato-psychopedagogy

By Philippe Ropert, therapist in Nantes
A manual therapy that mobilizes the fascias (tissues that surround organs and muscles), fasciatherapy was conceptualized by the Frenchman Danis Bois, a physiotherapist, osteopath, and doctor of science. He later developed somato-psychopedagogy, or perceptual pedagogy, based on sensory gymnastics, meditation, and the body’s resilience strength. « 

« By working the fascias, we give flexibility to the whole body and unify the being. It’s a method of global listening, which supports the body with slow and subtle movements, helping it find its orientations, its range, its elasticity, and to tune into its own rhythms. In addition to working on the fascias, somato-psychopedagogy, thanks to deep listening, allows each individual to perceive themselves and learn from their feelings. Sensory gymnastics uses a slow movement that allows moving with minimal muscle effort, having a very fine perception of one’s own movement in action, and developing one’s own self-healing capacities. Enhanced by meditation, this body-mind therapy globally proposes to align the body and mind to improve all sorts of issues, bodily or psychological, such as stress, sleep disorders, or digestive problems, not only for high-level athletes like Isabelle or the soccer and basketball players I work with, but also for everyone. »

For finding support: Federation of Pilates Professionals (fpmp.fr).

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