Révélations Inspirantes : Les Leçons Surprenantes de la Nature

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Témoignages : ce que la nature m'a appris

Trois personnes, trois parcours : un globe-trotter, une jardinière thérapeutique et un expert en chauves-souris partagent ce que la nature leur a enseigné.

Nous avons souvent tendance à oublier combien il est vital pour nous de nous asseoir sur le sol, de marcher pieds nus sur le sable, de ressentir la brise ou de regarder les étoiles. Satish Kumar, un penseur britannique et pionnier de l’« écologie spirituelle », nous rappelle que ce besoin est fondamental. « Il est crucial de réaliser que la nature n’est pas juste autour de nous, mais aussi en nous, car nous en faisons partie. […] La conviction que l’homme et la nature sont unis renouvelle notre perspective sur la vie

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. » Il ajoute que prendre soin de notre planète est « un devoir moral. […] Nous devons cela non seulement à nos descendants, mais à la Terre elle-même ». Cédric Gras, explorateur et écrivain, Anne Ribes, horti-thérapeute, et Laurent Tillon, responsable de la faune et de la biodiversité à l’Office national des forêts (ONF), ont intégré cette connexion avec le vivant dans leur quotidien et s’efforcent de partager leurs connaissances. La nature a changé leur vie, et continue de le faire.

1. Pour une écologie spirituelle (Belfond)

“Le vent, le froid, la faune, j’en ai besoin”

Cédric Gras, écrivain et explorateur

« Mon rapport à l’espace, aux éléments et à la végétation est à la fois sensuel et spirituel. Si je ne m’immerge pas dans ces éléments, j’ai l’impression de perdre mon temps. Entre mes 20 et 30 ans, cette immersion m’a appris l’endurance et la patience. Mais ma relation avec la nature est aussi urbaine, comme pour beaucoup d’entre nous. Bien sûr, j’ai eu l’opportunité de l’approcher de plus près, de m’y frotter longuement et loin. Toutefois, cela reste une évasion, même si c’en est un besoin : le vent, les arbres, le froid, la neige de la taïga, la faune… Je vis une relation amoureuse avec la beauté du monde, ce qui me rappelle la dimension cosmique de notre existence. Chaque fois que je me suis retrouvé seul en pleine nature, j’étais dans un état particulier. Un être parmi d’autres. On réalise alors qu’on est soi-même un grand vide. Nous sommes des êtres sociaux, et la nature seule, bien que sublime, ne suffit pas. La solitude doit avoir une fin. Lors d’un voyage en Extrême-Orient russe, j’ai suivi l’automne du cercle polaire arctique jusqu’à Vladivostok sur deux mois. La beauté de l’automne m’a enchanté, tout comme celle des gens : la chasse, la reprise de la vie, les enfants à l’école… Je me sens un peu comme le dernier des Iroquois voyant son monde disparaître. Nous avons probablement un lien ancestral avec la terre. Je ne suis pas mystique, mais je comprends ce lien, ce besoin de chercher des divinités dans la nature. C’est probablement pour cela que je marche, que je dors à la belle étoile et que je ne peux plus dormir dans un lit. »

Cédric Gras est l’auteur de L’Hiver aux trousses (Gallimard, “Folio”) et de Saisons du voyage (Stock).

“La terre apaise nos tracas quotidiens”

Anne Ribes, hortithérapeute

« Ma passion pour le soin des personnes et pour la nature a toujours été liée. Pendant mes vacances chez ma grand-mère, qui avait un jardin avec un potager et des poules, j’y passais tout mon temps. J’ai suivi des études d’infirmière et d’horticulture. J’ai toujours eu la chance de vivre entourée d’arbres et de fleurs, et je sais par expérience combien on se sent mieux après avoir jardiné. La nature stimule nos sens : tout est connecté, la vue, l’odorat, le toucher… Et en jardinant, nous nous épanouissons car nous sommes connectés. Aujourd’hui, à 72 ans, je suis toujours émerveillée. Je vis dans un château que nous avons restauré, entouré de six hectares de parc, et chaque jour, je ressens une profonde gratitude pour cet environnement qui donne un sens à ma vie. La terre nous offre une harmonie dynamique qui soulage tous nos petits tracas. Je ne me lasse jamais. J’ai commencé à réfléchir à la manière d’intégrer les jardins dans les hôpitaux. Ce bien-être que je ressentais, les patients devraient pouvoir l’éprouver également. En 1997, avec mon mari, Jean-Paul, nous avons créé l’association Belles Plantes, et François-Henry Guillot, qui était infirmier à la Pitié-Salpêtrière à Paris, nous a ouvert les portes de l’hôpital. Nous avons commencé avec des enfants autistes, ces êtres hypersensibles toujours attirés par une bouture, la couleur ou la forme d’une plante. Cela a été une expérience formidable. Depuis, nous continuons notre travail dans des hôpitaux et des maisons de retraite où, ensemble, nous cultivons des jardins. C’est un épanouissement, une richesse, autant pour moi que pour les patients. La nature ne peut être comprise qu’en se plongeant en soi-même… »

Anne Ribes est l’auteure de Toucher la terre (Éditions Médicis).

“La nature a transformé mes interactions”

Laurent Tillon, responsable faune et biodiversité à l’ONF

« Depuis mon enfance, j’ai toujours été observateur. Pendant les vacances à la campagne chez mes grands-parents, je me délectais du spectacle des poules dans la cour, je capturais des sauterelles, des grenouilles, des plantes. Cela m’a sans doute incité à en faire mon métier. Aujourd’hui, passant mes jours et mes nuits en forêt pour observer, étudier et recenser les animaux, notamment les chauves-souris, je comprends comment la nature m’a transformé. En observant le comportement des animaux, j’ai appris à mieux écouter, tant moi-même que les autres. J’ai découvert mes propres limites et celles des humains en général. L’exemple d’une espèce de chauves-souris qui sacrifie sa progéniture en cas de pénurie alimentaire m’a amené à réfléchir sur la maternité humaine. Quand je suis en observation nocturne, casque sur les oreilles pour écouter les chauves-souris, j’ai le temps de réfléchir, de laisser mon esprit vagabonder dans le silence peuplé de la forêt. Chaque comportement animal, chaque situation a sa raison d’être. Alors, oui, j’en suis convaincu, la relation avec la nature a modifié ma relation avec les autres : j’ai découvert mes zones d’ombre et suis devenu plus attentif aux autres, peut-être plus humain. Dans mon travail, face aux conflits, j’ai cherché, sans juger, ce qui, dans l’histoire de l’autre, pouvait provoquer une telle réaction. J’ai compris qu’on ne peut pas tout contrôler et qu’il faut savoir s’adapter. Quand une tempête abat tous les arbres, on n’a pas le choix. Il est impossible de résister au vent ! »

Laurent Tillon est l’auteur d’Et si on écoutait la nature ? (Payot).

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Se reconnecter à la beauté du monde, contempler, méditer, planter… Voici huit expériences sensorielles et spirituelles à vivre à la campagne ou en ville pour renouer avec la nature !

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