Samuel Adrian raconte: De Paris à Jérusalem à pied, une aventure incroyable!

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Samuel Adrian : « Je suis allé de Paris à Jérusalem à pieds »

À l’âge de 25 ans, Samuel Adrian, employé dans une entreprise de pompes funèbres, décide de tout quitter. Il prépare son sac à dos, emportant uniquement l’essentiel, y compris la Bible et le Gai savoir de Nietzsche, et marche durant huit mois jusqu’à Jérusalem. Dans son ouvrage Le syndrome de Tom Sawyer (Éditions des Équateurs), il partage les détails de son périple et cette envie irrépressible de tout abandonner. Voici son récit.

« J’étais salarié dans une société de pompes funèbres à Paris. Un lundi de mars, en me promenant dans le cimetière de Vaugirard, une épitaphe a attiré mon attention : « Si tu ne peux plus prier, marche ». Ayant perdu la foi de mes jeunes années, je ne priais plus et me sentais terriblement isolé. L’idée de partir marcher me trottait dans la tête depuis un moment. Je me suis dit qu’il était temps de partir. J’ai donc rompu mon contrat de travail et mes autres engagements pour entamer ma marche vers Jérusalem.

J’ai préparé mon sac en trente minutes. Le choix des livres à emporter a été le plus compliqué. J’ai finalement opté pour La Bible et le Gai savoir de Nietzsche. Mon choix s’est porté sur ces ouvrages car je suis culturellement lié à La Bible et au christianisme, et je souhaitais redécouvrir cette foi sous un jour nouveau. Nietzsche, quant à lui, reflétait ma vision critique de la religion. J’espérais que ce voyage m’aiderait à résoudre mes contradictions internes, bien que les réponses ne soient jamais simples.

En quête de la « croisade des pauvres »

Mon trajet, qui s’étendait entre 5000 et 6000 km sur huit mois, m’a mené jusqu’à Jérusalem. Je me suis inspiré de l’itinéraire de la première croisade, surnommée « la croisade des pauvres ». Mon objectif n’était pas de réaliser des exploits physiques ou de faire des détours spectaculaires, mais de suivre le chemin emprunté par des millions de pèlerins avant moi.

Depuis mon enfance, je suis fasciné par ces saints qui ont pris les Évangiles au pied de la lettre et se sont abandonnés entièrement à la providence. Pour ma part, j’ai voulu tester cette providence en partant avec presque rien. Mon but était de dépendre le moins possible de moi-même et le plus possible des autres.

Bien que je sois un pèlerin parmi tant d’autres, je ressens une grande satisfaction d’avoir accompli ce voyage. À mon arrivée, j’étais plus reconnaissant que fier. Ayant adopté une démarche de pauvreté, je savais que je devais la réussite de ce voyage à toutes les personnes qui m’avaient aidé en cours de route.

La fin d’un long voyage à pied est souvent moins spectaculaire que ce que l’on imagine. Pour ma part, la fatigue physique prédominait. Je n’ai eu aucune révélation ou vision particulière à Jérusalem, seulement le repos tant attendu.

La magie des rencontres

Les rencontres effectuées tout au long de ce voyage ont véritablement enrichi mon expérience. Parti sans argent, j’ai été confronté quotidiennement à la nécessité de trouver de l’aide. Bien que de nombreuses portes m’ont été fermées, il suffisait d’un acte de générosité pour effacer les refus précédents, et cet acte arrivait presque toujours. L’une des rencontres les plus marquantes fut celle avec un ermite franciscain dans les montagnes de Ligurie, en Italie. Son regard empreint de tendresse m’a profondément touché. Ces hommes représentent véritablement « le sel de la Terre ».

Communiquer avec les locaux était un défi en raison de la barrière linguistique. J’apprenais quelques phrases essentielles dans chaque langue pour me présenter et expliquer mes besoins. Les échanges se faisaient souvent par gestes ou avec l’aide d’un interprète occasionnel. Chaque jour apportait son lot de défis, mais nous trouvions toujours un moyen de nous comprendre. En général, une courtoisie naturelle s’installait, facilitant la communication.

Pauvreté, blessures, fatigue… Les inconvénients du voyage

La pauvreté était l’aspect le plus difficile à gérer, surtout pour quelqu’un de fier. Les autres désagréments, tels que les douleurs physiques, les blessures et la fatigue, sont communs à tous les voyageurs. L’incertitude était parfois pesante, ne sachant jamais où je dormirais le soir, comment j’allais me protéger de la pluie ou survivre sans argent. Et il y avait aussi la solitude, ces moments où j’aurais aimé avoir des échanges plus profonds que de simples mots basiques avec quelqu’un dont je ne parlais pas la langue. Ces instants nous rappellent combien on peut se sentir seul après des mois de voyage.

Lorsque j’ai rédigé le manuscrit de mon journal, j’ai volontairement omis de nombreux désagréments du voyage. En relisant, j’ai pensé que les petits tracas du marcheur et les mésaventures inévitables n’avaient pas leur place dans un journal publié. Voyager dans la pauvreté exige de la gratitude, et il serait inconvenant de se plaindre publiquement.

Dans ce type de voyage, on renonce à la compagnie de nos proches, au confort de notre foyer, à la sécurité que l’argent peut offrir. On devient vulnérable. Mais ce renoncement peut parfois engendrer un sentiment de légèreté et de liberté, véritables joyaux du voyage, qui ne s’obtiennent qu’au prix de ce dénuement. Malheureusement, ces moments de grâce sont éphémères… C’est pourquoi, je crois, que « le voyage est une école du renoncement ».

Tenir un carnet de route pour les mémoires

Tout au long de mon périple, j’ai tenu un carnet de route au jour le jour. Je le sortais chaque soir, sauf quand la fatigue m’en empêchait. Les soirs de grande lassitude, je notais simplement les faits marquants de la journée et copiais une phrase du Gai Savoir ou des Évangiles qui m’avait interpellé. J’avais également un petit carnet que je gardais dans ma poche pour y inscrire mes observations et réflexions spontanées. De retour en France, j’ai souhaité écrire un livre pour garder une trace de mon voyage. Si on ne raconte pas, si on ne partage pas, on oublie. C’était aussi pour le plaisir d’écrire.

Mon livre, Le syndrome de Tom Sawyer, est publié sous forme de journal, car en relisant mes carnets, j’ai constaté de nombreuses contradictions, notamment entre les Évangiles et le Gai Savoir de Nietzsche. Au lieu de dissimuler ces contradictions dans un long récit structuré, il m’a semblé plus intéressant de les mettre en évidence en reprenant la forme fragmentée du journal, qui reflète mieux les fluctuations de la pensée.

Syndrome de Tom Sawyer : quand les lectures influencent la réalité

J’ai intitulé mon livre Le syndrome de Tom Sawyer, car ce personnage de la littérature jeunesse américaine m’a marqué. En lisant Huckleberry Finn de Mark Twain, Tom Sawyer, l’ami de Huckleberry, est un héros dont les aventures sont inspirées des romans qu’il a lus. Il cherche dans son quotidien l’enchantement qu’il trouve dans ces récits de bas étage. Cependant, ne le trouvant pas, il réinvente la réalité à sa guise. C’est un quichottisme adapté aux enfants. Contrairement à Don Quichotte, toujours victime de ses illusions, Tom Sawyer les choisit consciemment.

Ce « syndrome » peut se résumer à une quête du romanesque dans la vie, un désir de ponctuer son existence de moments poétiques. C’est une « maladie » de l’imagination qui pousse la littérature à sortir de son cadre et à influencer de manière excessive et parfois néfaste la perception de la réalité. Les conséquences sont souvent grotesques et frisent le ridicule. Nous avons tous besoin, de temps à autre, de rêver et de nous évader pour nous reposer. Mais il ne faut pas que cela nous coupe de la réalité, ni que nous nous y réfugions au lieu de façonner notre propre vie.

Je pense que quiconque a été déçu par la médiocrité de son quotidien peut se reconnaître dans ce « syndrome ». Les « symptômes » les plus « inquiétants » comprennent : un amour immodéré pour la lecture ou le cinéma, un penchant pour la rêverie, l’insatisfaction, le désir d’ailleurs, l’aversion pour la « vie de bureau », et l’envie de fuir.

Aujourd’hui, je n’ai pas encore guéri du syndrome de Tom Sawyer, mais j’y travaille. J’ai de bons espoirs de « rémission ». La lecture du Confort intellectuel de Marcel Aymé m’a beaucoup aidé à me déromantiser. Je ne pense pas que je referais ce type de voyage, même s’il m’a appris la reconnaissance. À 26 ans, je pense qu’il est temps que je guérisse de ce « syndrome » de Tom Sawyer : la jeunesse doit passer… J’y travaille et j’ai de bons espoirs de « rémission ». La lecture du Confort intellectuel de Marcel Aymé m’a aidé à me déromantiser. J’avais beaucoup d’illusions sur le voyage. J’ai réalisé que la vie est toujours « quotidienne », pour reprendre le mot de Laforgue, même lorsqu’elle prend des airs romanesques. La simplicité du quotidien finit toujours par nous rattraper, et c’est cette simplicité qu’il faut accepter car elle n’est pas nécessairement mauvaise.

==> Oser voyager seule

Les femmes qui voyagent seules suscitent soit la perplexité, soit l’admiration. Emmanuelle, Priscilla, Pascale ont relevé le défi. Elles ont affronté la peur de la solitude, du jugement des autres et des dangers, et en sont revenues transformées. Qui sera la prochaine à tenter l’aventure ?

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