La question de l’interdiction de l’aspartame se pose de plus en plus. Juste après l’approbation par les députés d’une augmentation de la taxe sur les sodas ce lundi 3 février, visant à décourager la consommation de boissons hautement sucrées, l’usage de cet édulcorant puissant se généralise dans le secteur agroalimentaire. Toutefois, les inquiétudes quant à ses effets nocifs sur la santé sont croissantes. En effet, le même jour, marquant la journée mondiale du cancer, les organisations Foodwatch, la Ligue contre le cancer et Yuka ont lancé une pétition européenne pour en demander l’interdiction.

Cette pétition, relayée dans onze pays européens (Allemagne, Autriche, Belgique, Espagne, France, Italie, Irlande, Luxembourg, Pays-Bas, Royaume-Uni et Suisse), vise à exercer une pression sur les institutions européennes pour qu’elles interdisent cet additif et à inciter les États membres à prendre des mesures préventives, selon un communiqué de presse commun.

Quels sont les enjeux autour de l’aspartame ?

Selon l’ONG Foodwatch, l’aspartame est présent dans plus de 6 000 produits, notamment dans les produits allégés tels que certains sodas sans sucre, des yaourts « 0 % » ou des chewing-gums. Bien que cet édulcorant soit autorisé en France depuis 1988, il suscite de nombreux débats en raison des risques potentiels pour la santé qu’il pourrait engendrer.

En 2023, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a classifié l’aspartame comme étant « potentiellement cancérogène pour l’homme ». Philippe Bergerot, le président de la Ligue contre le cancer, affirme qu’il est « inadmissible d’exposer les gens à un risque de cancer totalement évitable ». Des études ont également relevé des risques associés au diabète et à des accouchements prématurés liés à la consommation d’aspartame.

Pourquoi continue-t-on à utiliser l’aspartame ?

L’introduction de l’aspartame dans l’industrie agroalimentaire n’a pas été motivée par des considérations de santé publique. Bien que l’aspartame ait aidé à réduire les niveaux de sucre dans les aliments, promouvant ainsi des produits « allégés » ou « light » censés être plus sains, son succès repose principalement sur son efficacité.

Avec un pouvoir sucrant de 150 à 200 fois supérieur à celui du sucre, les fabricants ont besoin d’une moindre quantité d’aspartame que de sucre, ce qui représente une économie significative et une meilleure gestion de la production. L’aspartame, étant un additif synthétique produit en laboratoire, son approvisionnement est moins affecté par les conditions climatiques et les crises agricoles que subit l’industrie du sucre.

Pourquoi l’aspartame n’est-il pas encore interdit ?

Identifiable sur les étiquettes par son numéro E 951, l’aspartame a été réévalué en 2013 par l’EFSA, l’Agence européenne de sécurité des aliments, sans remise en question de son autorisation. La pétition initiée par Foodwatch, la Ligue contre le cancer et Yuka soulève des préoccupations de « conflits d’intérêts » au niveau européen, plusieurs reportages ayant mis en lumière le lobbying intense des producteurs d’aspartame auprès des autorités.

Selon un rapport de Foodwatch également publié mardi, « près de trois quarts des études sur l’aspartame jugées fiables par l’EFSA ont été financées ou influencées par l’industrie agroalimentaire, ce qui jette un doute sur la crédibilité de l’évaluation des risques, et donc de l’approbation de l’aspartame par cette institution ». Fin 2019, ces organisations avaient déjà mené une campagne contre les sels de nitrites dans l’alimentation en raison de leur lien avec certains cancers digestifs.

Des politiques, en particulier en France, ont réagi à cette initiative, entraînant certains industriels à modifier leurs recettes pour inclure des mentions « sans nitrites ». La question demeure : verrons-nous bientôt des produits portant l’étiquette « sans aspartame » ?