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Découverte de soi, stimulation mentale, gestion des émotions… Découvrez les effets bénéfiques des voyages sur notre psyché selon les experts.
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« Voyager enrichit l’existence », affirme un célèbre proverbe berbère, confirmé par de multiples recherches scientifiques. Et notre esprit en récolte les fruits : croissance mentale, enrichissement personnel et social… Les voyages apportent de nombreux bénéfices !
Voici les observations de la psychopraticienne Géraldyne Prévot-Gigant, lors d’un séjour à Dubaï.
L’anticipation, source de bonheur
Organiser un voyage procure déjà du plaisir. Selon des chercheurs de l’université Cornell, « les personnes sont généralement plus heureuses lorsqu’elles planifient et attendent une expérience plutôt que d’acquérir un objet matériel ». Imaginer un futur voyage est nettement plus stimulant qu’attendre un bien tangible.
« C’est une aventure mentale et émotionnelle », explique Géraldyne Prévot-Gigant. « Plusieurs processus se déclenchent psychiquement : on se pose des questions (Quelles dates choisir ? Quel parcours ? Quels vêtements emporter ?), on recherche des informations, on épargne, on en discute, on visualise… On est déjà un peu ailleurs, souvent emporté par un mélange d’excitation, de stress, d’impatience, voire d’anxiété à l’approche du départ. »
Un cerveau en meilleure forme
Une fois arrivés à destination, notre cerveau s’active intensément. Paul Nussbaum, neuropsychologue américain et professeur à l’université de Pittsburgh, a expliqué au Washington Post que voyager favorise la formation de nouveaux circuits neuronaux. « Nous sommes des créatures d’habitudes, dit-il. Nous faisons souvent les mêmes choses de la même façon. En interrompant cette routine et en nous lançant des défis, la santé de notre cerveau s’améliore. » Et ces défis sont nombreux : trouver son chemin dans une ville méconnue, calculer des taux de change, essayer de communiquer dans une langue étrangère… « On essaie de s’adapter à un nouvel environnement, ce qui est crucial pour la survie. Ce processus d’adaptation, après une période initiale d’inconfort, aboutit à un bénéfice cognitif important », ajoute la psychopraticienne.
Chaque nouvelle expérience apporte son lot d’informations. Grâce à la neuroplasticité, le réseau neuronal se développe. Ce changement de lieu bénéficie également à l’organisme qui se renforce, car s’adapter à d’étranges épices ou à des températures extrêmes relève du même défi.
Un détour créatif
Le voyage a toujours eu une dimension éducative. Dès le Moyen Âge, il était considéré comme un moyen d’acquérir un savoir pratique en complément des connaissances théoriques transmises par les livres. Une recherche menée par Donald Roberson, de l’université Palacký en République tchèque, montre que « l’apprentissage lors des voyages est facilité par de nombreux aspects quotidiens » (Journal of Hospitality, Leisure, Sport and Tourism Education, juin 2018). Le chercheur mentionne notamment l’organisation des déplacements, la recherche d’informations sur les lieux, la découverte de nouvelles langues, cultures, paysages et parfums, ainsi que l’interaction avec de nouvelles personnes.
Cet enseignement pratique enrichit durablement notre mémoire. Les souvenirs de voyage restent ancrés en nous.
Le changement de lieu implique également un changement de perspective. Adam D. Galinsky et William W. Maddux, dans leurs études publiées dans le Journal of Personality and Social Psychology en 2009, montrent un lien entre la vie à l’étranger et la créativité. Ils concluent que voyager augmente « non seulement la capacité à penser autrement, mais aussi à comprendre que les limites habituelles peuvent être redéfinies ». De nouveaux horizons offrent plus de recul. « La distance physique crée une distance mentale », observe Géraldyne Prévot-Gigant. Ce recul permet d’aborder les problèmes quotidiens avec plus de sérénité et peut-être même de trouver des solutions innovantes.
Une baisse significative du stress
Il est bien connu que le stress chronique diminue en voyage, bien que le stress lié à l’inconnu puisse augmenter, mais de façon temporaire et moins nocive. Une étude autrichienne publiée en 2018 dans l’International Journal of Environmental Research and Public Health a révélé qu’un « long week-end » de quatre jours avait des effets positifs sur le bien-être, la récupération, la tension et le stress perçu pendant quarante-cinq jours. On se focalise généralement sur les aspects positifs, ce qui augmente notre sentiment de gratitude et apaise notre esprit.
« On vit plus intensément l’instant présent, éloigné des regrets du passé et des inquiétudes futures, sources de stress », note la psychopraticienne. On se laisse aller sans même s’en rendre compte. De plus, on est généralement plus actif, constamment en mouvement, que ce soit en marchant pour une promenade ou une visite. Et les avantages de l’activité physique sur la santé mentale, notamment la réduction du stress, sont bien connus. »
Une rencontre avec soi-même
Au gré des aventures, on se découvre soi-même. Selon plusieurs chercheurs cités dans la Harvard Business Review, le voyage favorise la « clarté de soi », c’est-à-dire la compréhension qu’une personne a d’elle-même, ce qui lui permet de développer une image de soi « confiante, cohérente et stable ». Face à des situations nouvelles, embarrassantes (comme des bagages perdus ou un décalage horaire) ou agréables (comme un paysage magnifique ou une rencontre fortuite), nous découvrons nos propres réactions et émotions. « On adopte un regard différent sur soi-même », commente la psychopraticienne.
Explorer un nouvel environnement est également une exploration de ce qui se passe en nous. Cela révèle des aspects de notre personnalité que l’on ignorait, que l’on ne voulait pas voir ou que l’on n’osait exprimer. » Voyager, c’est étymologiquement, « se mettre en chemin ». Et d’abord vers soi-même.
Des liens renforcés (ou pas)
Comme toute expérience partagée, les voyages renforcent les liens. Selon une étude de l’US Travel Association, une escapade hors des sentiers battus aide les couples à « être plus satisfaits, à mieux communiquer, à se sentir plus amoureux, à stimuler leur sexualité, à profiter de moments de qualité et à partager des objectifs et des désirs communs ». Géraldyne Prévot-Gigant confirme que « voyager ensemble enrichit la légende du couple, mais aussi celle d’amis ou d’une famille. Partager son émerveillement et certaines aventures rapproche inévitablement ».
Mais attention : cela peut aussi être un test révélateur pour les relations naissantes. « C’est une sorte de CDD qui déterminera si vous êtes synchrones ou non. Car l’autre peut se révéler être une compagnie désagréable lorsqu’il ou elle sort de sa zone de confort. Le voyage est un accélérateur qui met en lumière l’harmonie du couple. » Ou, au contraire, peut conduire à une rupture.
Un regain d’humilité
Se découvrir soi-même, découvrir l’autre… et découvrir les autres, tous ces autres que l’on ne connaissait pas. L’ouverture d’esprit est assurée. Le professeur tchèque de psychologie Sedat Çelik a étudié les effets du voyage sur l’empathie.
« À la suite de ces analyses, des changements significatifs ont été observés dans les attitudes (préjugés, stéréotypes) des personnes ayant vécu des expériences de voyage », note-t-il dans le Journal of Tourism and Services, mai 2019. Être confronté à l’altérité, à d’autres cultures, enjeux ou coutumes, nous éloigne de notre égocentrisme, chasse les idées reçues. « C’est une fenêtre sur le monde qui nous rend humbles, témoigne la psychopraticienne. Voyager nous replace dans notre rôle de simple habitant de la Terre, en côtoyant des personnes différentes mais fondamentalement similaires. Cela favorise l’ouverture à une dimension spirituelle, dans un sens laïc du terme. »
Des bienfaits qui dépendent de notre approche
Tous ces bienfaits présupposent toutefois de considérer le voyage comme une opportunité de s’ouvrir et de s’enrichir. « Il faut se rendre disponible et être en résonance », suggère Géraldyne Prévot-Gigant. Il est peu probable que « visiter » l’Italie à la hâte ou voyager pour alimenter son « feed sur Instagram » soit propice au développement personnel ! Il vaudrait alors mieux rester chez soi. Ce qui ne serait pas si mal, après tout. Dans une étude parue en 2020 dans la revue Nature, des chercheurs ont en effet démontré que même de petits changements dans notre environnement quotidien et nos routines physiques et mentales peuvent offrir des effets bénéfiques similaires à ceux de l’exploration.
Dans un contexte où les ressources sont limitées, où le tourisme de masse cause des dommages, où chacun doit prendre soin de son empreinte carbone, il est peut-être temps de repenser le voyage. Nul besoin de traverser les océans pour se découvrir, découvrir l’autre ou le monde grâce à des expériences physiques, psychiques, artistiques ou relationnelles. Et découvrir dans un bon livre ou chez un voisin une autre façon de vivre.
Géraldyne Prévot-Gigant
Psychopraticienne depuis près de trente ans, elle est l’auteure de nombreux ouvrages, dont La Force de la rencontre (Odile Jacob, 2020) ou Cinquante Exercices pour apprendre à méditer (Eyrolles, 2023).
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Bretonne d’adoption, Solène arpente la Côte d’Amour depuis 10 ans. Ancienne guide touristique, elle déniche les adresses cachées et les routes insolites pour transformer chaque voyage en aventure. Son credo ? « Un bon itinéraire mêle paysages et rencontres. »
