Engagée dans la lutte pour la protection de l’enfance, Adèle Haenel a confié à « Mediapart » que la condamnation de Christophe Ruggia pour agressions sexuelles, bien qu’il ait fait appel, représente pour elle un « impact très profond » qui « confirme la gravité des accusations ». « Entendre ces mots prononcés, voir un acte officiel qui combat le déni que j’ai affronté pendant des années concernant cette affaire, qui reconnait la gravité et la réalité des faits, cela a pour moi une importance capitale », a exprimé l’ancienne actrice de 35 ans lors de sa première prise de parole publique sur le sujet. « C’est d’une importance capitale pour moi », a-t-elle ajouté.

« Je souhaite que tous les enfants puissent bénéficier de leur droit à l’enfance »

Durant cet entretien, Adèle Haenel a insisté sur l’importance de défendre les droits des enfants. « Ce qui me touche le plus, ce n’est pas mon enfance qui a été détruite. Aujourd’hui, je souhaite que tous les enfants puissent bénéficier de leur droit à l’enfance », a-t-elle déclaré, avant de plaider pour « la création d’un environnement social où de tels crimes ne se produisent pas massivement ».

Adèle Haenel, qui a annoncé son départ du monde du cinéma en 2023, a aussi parlé des difficultés rencontrées par les victimes de violences sexuelles pour porter plainte : « Je tiens d’abord à dire aux responsables politiques qu’ils ne doivent pas dicter aux victimes la conduite à tenir », a-t-elle affirmé. Elle a souligné : « Il faut saisir l’ampleur de la violence subie et ce que cela implique, y compris financièrement, de lancer un tel processus. »

Combat contre les violences sexuelles : Adèle Haenel reconnaissante envers les militantes et la société civile

Christophe Ruggia, âgé de 60 ans, a été reconnu coupable lundi d’agressions sexuelles sur Adèle Haenel entre ses 12 et 14 ans, débutant lors du tournage du film « Les Diables » en 2001, où il l’avait dirigée. Il a reçu une peine de quatre ans de prison, dont deux ferme sous surveillance électronique. À la sortie du tribunal, il a insisté sur le fait qu’il n’avait « jamais touché Adèle Haenel ». Ses avocats ont déclaré qu’ils feraient appel de cette condamnation qu’ils jugent « injustifiée » et « dangereuse ». Sa peine comprend une « exécution provisoire », applicable même en cas d’appel, ce qui signifie que Christophe Ruggia devra bientôt être équipé d’un bracelet électronique.

Visiblement tendue avant le verdict, Adèle Haenel n’avait pas immédiatement réagi à l’annonce du jugement, esquissant après quelques instants un sourire de soulagement. À sa sortie de l’audience, elle a été saluée par des applaudissements nourris et des acclamations joyeuses. Elle a exprimé sa gratitude envers « les militantes présentes sur les lieux », avant de s’adresser à « Mediapart », le média d’investigation où elle avait initialement accusé le réalisateur en 2019. Si des progrès sont faits dans la lutte contre les violences sexuelles, « c’est grâce à l’engagement de la société civile », a-t-elle estimé. Toutefois, elle a insisté : « Le plus réparateur serait qu’il n’y ait plus d’autres victimes », a-t-elle fermement déclaré.